Boubacar Traoré

Par Nicolas Maestracci, 16 juin 2014

OLYMPUS DIGITAL CAMERABoubacar Traoré (né en 1942 à Kayes, au Mali) est un chanteur renommé, guitariste et compositeur de chansons.

Boubacar Traoré dit Kar Kar est une contradiction harmonieuse, un musicien dont l’art et la biographie surprennent moins par l’équilibre que par les extrêmes. Dans les années soixante, une idole pour toute la côte ouest-africaine, oublié dans les années soixante-dix, redécouvert dans les années quatre-vingt et dans les années quatre-vingt-dix accomplissant de longues tournées à travers l’Europe
et les Etats-Unis. Voilà les données en gros de sa carrière. Il a été comparé avec de nombreuses stars de la musique pop. La comparaison avec Elvis Presley a été également mise à contribution ainsi qu’avec Robert Johnson, Johnny Hallyday ou Chuck Berry. On qualifie sa musique de blues ?

Toutes ces comparaisons montrent bien qu’il est impossible de définir les chansons de Kar Kar. Nous les Européens ou les Américains, nous avons besoin de telles comparaisons pour comprendre un artiste qui est, au fond lui-même, un monde musical en soi.

Lorsque dans les états industriels occidentaux, nous entendons le terme de « blues », un pêle-mêle de centaines de sons nous rappelant tant de choses revient en notre mémoire ? mais la musique de Kar Kar n’est pas de cet ordre. Il n’est pas non plus funky comme le Godfather of Soul James Brown avec lequel on le compare aussi à l’occasion. En tout et pour tout, ceci n’est qu’une expression du statut dont il jouit chez lui au Mali auprès de ses collègues musiciens et de ses compatriotes. Si l’on considère le « blues » non comme forme musicale mais comme expression de sentiments, on réussit à se rapprocher quelque peu de sa musique. Kar Kar fait ce qu’il a toujours voulu faire : de la musique. Pour lui, cette musique sont des mélodies, des chansons que son instrument accompagne en chantant la seconde voix. « La guitare m’a attiré comme par magie », c’est ainsi qu’il essaie d’expliquer ses rapports avec son instrument. Il n’entend pas sa guitare interpréter les accords de blues des chanteurs aux mêmes affinités musicales que lui dans les Etats du Sud, non, sa guitare pétille comme une kora. Par aileurs, le blues du Mali n’a pas ces structures que nous connaissons de la version américaine.

Le blues nous sert de terme général, tel un essai d’explication parce que le Kassonké, il a grandi dans cette tradition musicale, ne pourrait être une description compréhensible pour nous. On entend ses origines dans sa musique, lui qui est issu de l’ouest du Mali : Kayes, sa patrie et sa nostalgie en parts égales. Son amour pour cette patrie et ses habitants est grand même s’il critique de temps en temps avec dureté les administrateurs de ce pays et ses compatriotes.

Quarante années dures et remplies de tribulations sont tissées dans les histoires calmes de ses chansons et pourtant ce sont la chaleur et l’amour qui dominent. Kar Kar est un conteur d’histoires et puisqu’il refuse à donner des explications, à interpréter ces histoires, il ne nous rend pas la tâche facile, nous qui voulons comprendre le sens et le fond de ces histoires, nous qui sommes si assoiffés d’images. Il parle des traditions africaines dont le symbolisme et l’exotisme ne livrent souvent pas leurs secrets aux blancs. Il chante l’amour avec toutes ses nuances humaines et tragiques, l’amour pour sa première femme décédée, pour ses enfants sans que la douleur qui pèse sur le destin tragique de cet amour, n’alourdisse ou ne fasse souffrir ses chansons sous le poids de l’affliction. Boubacar Traoré n’est pas un musicien dont les chansons peuvent être expliquées, dont on doit analyser les images et les états d’âme. On doit se livrer corps et âme à elles.Et alors on fera peut-être l’expérience d’une Afrique au-delà des clichés et des préjugés.

Discographie

  • Mariama (1990)
  • Kar Kar (1992)
  • Les Enfants de Pierrette (1995)
  • Sa Golo (1996)
  • Maciré (1999)
  • Je chanterai pour toi (2003)
  • The Best of Boubacar Traoré: The Bluesman from Mali (2003)
  • Kongo Magni (2005)
  • Mali Denhou (2010)